Blanche Boulet
- 17 juin
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Dernière mise à jour : 21 juin
Un après-midi avec Blanche, 107 ans, qui fut pendant trente ans, comédienne au Tam.

Ce mardi 15 avril 2026, par une belle journée de printemps, Blanche m’attend dans son salon pour un entretien avec elle. Nous nous asseyons autour de la table, il y a des photos de théâtre qu’elle a triées pour moi. D’emblée, sans attendre de question, les souvenirs affluent, elle commence à évoquer cette époque, et je suis obligée de l’interrompre pour lui dire que je vais enregistrer l’entretien. Alors, en s’appliquant, elle se présente et reprend dès le début.
« Je suis vraiment une ancienne, pour ceux qui ne me connaissent pas, j’ai 107 ans !
Et surtout, j'ai encore bonne mémoire. »
Effectivement Blanche à une très bonne mémoire et déroule sans peine, le fil de sa longue vie, puis de son passage au Théâtre à Marcy.
Avant d’arriver à Marcy l’Etoile, Blanche habitait Lyon où elle tenait une épicerie. Elle a d’abord élevé les deux fils de son mari qui était veuf, un de 16 ans et un autre de 5 ans. « Le dernier, René, il me considère comme sa mère. Il a 83 ans maintenant ! ». Blanche me parle des voyages de René, de l'Amérique à la Chine en passant par l’Australie. Depuis qu'il est à la retraite, il habite Vence dans le Midi. « Moi je me dis souvent, si toutes les mamans recevaient de la part de leur fils, autant d'amour que René me donne... » me dit-elle avec les yeux qui brillent.
Puis Blanche et son mari eurent deux filles, Marie-Denise et Chantal. Pour les élever, s’occuper d’elles, Blanche a préféré vendre son épicerie lyonnaise et venir s’installer au bon air, dans l’Ouest Lyonnais.
Mais passer de la vie citadine à la vie à la campagne a été compliqué. Sa maison au milieu des bois ne facilitait pas l’intégration, et la vie sociale lui manquait cruellement. Son mari partait travailler à Lyon toute la journée et elle se sentait sombrer. Alors le théâtre a été une belle occasion de palier à cette solitude. Elle prenait sa voiture pour aller aux répétitions le soir. À quarante ans, elle commençait donc une carrière qui aller durer trente ans. Blanche a aimé cette période, elle y a passé de bons moments.
« Je suis arrivée à Marcy l’Étoile, ça fait plus de 70 ans, bientôt 75 ans. Il n’y avait pas 400 habitants. À vélo, j'allais conduire à l'école Marie Denise, ma fille aînée. Là, on m’a fait part que des parents d'élèves, chaque année, jouaient au théâtre au profit de l'école. Comme il n’y avait pas de salle des fêtes, nous jouions dans une salle de classe de l’école. Grace à Monsieur Artaud, qui était directeur de chez Mérieux, nous allions chercher des caisses pour monter la scène, pour qu’elle soit surélevée. » « S’il y avait 60 personnes dans la salle, ils étaient tous serrés comme des sardines et il y en avait qui restaient dehors. Beaucoup de parents d’élèves jouaient et pour que tout le monde puisse jouer, les scènes étaient d’un acte seulement et nous en enchaînions trois à la suite dans l’après-midi. ». Après la représentation, il fallait remettre la salle de classe en place pour le lendemain.
Blanche, de mémoire, me cite des noms de compagnons de jeu : Pauline Béranger, Rosette Hugon, Paul Rollin, Pierre Ribeyron, Duteil, André Chaverot dit Dédé, Jean Bertelier, Jean Louis Raymond, Jean Pitaval et sa femme Andrée qui faisait souffleur. « Elle soufflait toutes les pièces et elle connaissait les rôles parfaitement ! Joseph Coquard, lui, dès le premier jour, savait son rôle. Rôle qu’il apprenait en trayant ses vaches, il répétait sans son livre. Alors que Emile Duteil, le gendre à Monsieur et Madame Rivoire, lui n'apprenait pas son texte et quand il jouait, il se tenait toujours près de la souffleuse ! » me dit-elle en riant.
Ensuite, toujours de mémoire, elle énumère des pièces jouées à l’époque « La Contrition - Le Passeur de Minuit - Le Voisin de Palier - L'Inspecteur Mène l'Enquête - Ces Dames au Chapeau Vert- Médecin de Campagne. Madame Sans Gêne a été répétée maintes fois, pour une seule représentation à l’occasion du centenaire de la commune. »
A la construction de la salle des fêtes (La Pyramide), la troupe de parents d’élèves déserte les salles de classe. Les pièces changent de durée, nous passons d’un acte à trois. A la mise en scène, Mr Arto puis Georges Béranger. « Georges Béranger était un bon metteur en scène, qui expliquait bien l’attitude à prendre pour les rôles. Il dirigeait bien. » Contrairement aux metteurs en scène contemporains du Tam, il ne jouait jamais. Et Blanche ne s’est jamais confrontée à cette pratique. Puis, à soixante-dix ans, pour des raisons familiales, Blanche arrête le théâtre.
Mais c’est avec plaisir qu’elle est revenue voir des pièces du Tam et elle est encore fidèle, malgré son ouïe un peu défaillante, si elle trouve quelqu’un qui l’emmène.
Ses filles, surtout Chantal, ont également foulé les planches du Théâtre à Marcy, photos à l’appui.
Nous parlons des 40 ans du Tam où évidemment Blanche était invitée, avec Rosette Hugon, toutes deux témoins de la naissance de cette troupe.
À cet âge, se remémorer ses souvenirs, c’est parler des disparus « Ceux que je connaissais, ils ont disparu. Quand on arrive à mon âge, ben tu sais... il y a plus de disparus que de connaissances. » Malgré cette petite phrase lâchée au milieu de la conversation, nous continuons l’entretien avec des sujets plus vastes ; de la culture à l’électricité, en passant par la lessiveuse et les donneurs de sang.
Les Mystères de Paris - Blanche Boulet à gauche sur toutes les photos. Sur la dernière photo, Maurice Porte. - 1974
Pour une femme née en 1919, l’accès à la culture était plus compliqué qu’à présent. « On n’avait ni radio, ni télévision. On apprenait avec des chanteurs de rue »
Son père, conseiller municipal à Ouistreham, bénéficiait de places pour des opérettes, et Blanche en profitait. Elle y allait avec une amie. Elle avait aussi la possibilité d'aller au cinéma une fois par mois à peu près. Blanche me dit qu’elle aimait bien le chanteur André Baugé. Après notre entretien, je « googlise » l’artiste : chanteur baryton et acteur de cinéma français, il a fait un succès avec « Plaisir d’amour » qui me dit vaguement quelque chose… Si Blanche regarde quelquefois des films et des documentaires, elle aime surtout lire « J'ai énormément de livres, oh là, là j'ai une vraie bibliothèque ! Mais c'est écrit en petits caractères et donc... Mais je prends des livres à la bibliothèque, en GROS ! »
Je demande à Blanche quelle est l’invention qui a le plus transformé sa vie ? Si notre génération s’écrierait
« Internet ! », elle me répond du tac au tac qu’elle ne s’en sert pas mais rit de mon ignorance quand elle m’explique s’être encore servi en 1947 de sa lessiveuse ! Sorte de grande casserole, en acier galvanisé, qui servait à faire bouillir le linge, l’ancêtre de la machine à laver.
« Quand on est arrivés là - à Marcy, au Bois de l'étoile- « je me suis vue sans eau, sans eau… parce que le puits n'était pas suffisamment profond, et je me suis vue sans eau. J’allais chercher mon lait chez Lancelin, je ramenais une bouteille d’eau pour faire mon café le lendemain. J'ai eu Chantal dans l'intervalle, il n’y avait pas les Pampers, elle avait les couches en tissus, et « je me suis vue sans eau » pour les rincer. »
C’est à la pompe de Charbonnières-les Bains, en face de la gare, que Blanche allait rincer son linge. Heureusement, un sourcier est venu chez elle et Blanche n’a plus jamais manqué d’eau - sauf quand la pompe n’avait pas assez de puissance électrique pour fonctionner correctement.
À l’époque, elle a même pu profiter de la salle de bain, qui avait été construite avant l’arrivée d’eau !
Quant à l'électricité, Blanche et son mari ont été les derniers à la recevoir, et elle arrivait de Charbonnières-les-Bains. En journée, l’installation électrique n’était pas trop sollicitée mais le soir, Blanche se souvient que c’était compliqué et qu’elle a grillé plusieurs machines à laver.
Voilà, c’était l’époque où il n’y avait que 17 maisons au Bois de l’étoile, toutes construites sur 3 000m2 de terrain.
Blanche m’apprend qu’elle a créé l’amicale des donneurs de sang de Marcy l’étoile, qui est toujours très active.
Après avoir dépassé l'âge légal pour le don, elle s'occupait toujours de cette association mais c'était un véritable crève coeur de ne plus pouvoir donner son sang
Avec un « Bon alors ! » Blanche met un terme à notre discussion. Je comprends qu’elle commence à fatiguer.
Avant de partir, je lui fais remarquer qu’elle a une belle orchidée. Elle me dit, l’air de rien, l’avoir achetée la veille avec des pommes de terre. Je vois son regard qui s’éclaircit et ses yeux rieurs « Pour les planter dans mon jardin ».
Blanche, 107 ans, fait encore son potager !
Propos recueillis par Corinne Perraton pour le TAM














Bonjour. Bel article sur Blanche Boulet. Par contre beaucoup de fautes d'orthographe. Dommage.
Edmond CAYROL.